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mise à jour: 01.08.07
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Les terres dégradées du Nioumakélé retrouvent leur fertilité grâce à l'embocagement

Le projet d’appui aux petits producteurs du Nioumakélé (APPN), lancé en 1992 par le FIDA, a permis aux paysans de s’organiser autour sites de développement intensif, puis introduit les aménagements en courbes de niveau pour lutter contre l’érosion, encouragé l’association de cultures et promu l’utilisation de variétés de plantes améliorées. En plus d'introduire l'embocagement,  le projet a également structuré les producteurs laitiers, facilitant ainsi à la coopération française le lancement d'une laiterie locale en 2002.

Les parcelles soigneusement délimitées et verdoyantes du Nioumakélé, sur l’île d’Anjouan, aux Comores, contrastent avec les versants dénudés et stériles, appelés padza , visibles un peu partout dans l’archipel. Dans cette région essentiellement peuplée de paysans pauvres, les résultats de la technique de l’embocagement sont spectaculaires. En l’espace de vingt ans, le paysage de la région la plus pauvre de l’archipel a changé du tout au tout. « Les terres étaient très fortement dégradées », raconte Mariame Anthony, technicienne agronome et responsable du Centre d’encadrement agricole de la région. « L’érosion était très importante et la productivité extrêmement faible. »  

Dans le Nioumakélé, les meilleures terres appartenaient auparavant à une société coloniale française d’exportation d’ylang ylang, de girofle et de vanille. Les Comoriens n’avaient, quant à eux, que les terrains en pentes et difficiles d’accès, de moindre rendement. De plus, les techniques traditionnelles basées sur la culture de riz sur brûlis et les effets de la pression démographique sur les terres avaient accéléré la dégradation des sols au fil des années, les transformant en padzas.

Trente ans d'innovations successives
Plusieurs interventions ont été menées dans la région au cours des années pour tenter de remédier à la situation, notamment à travers le Bureau pour le développement de la production agricole (BDPA), qui lança en 1970 des activités de conservation des sols. La Société de développement économique des Comores s’intéressa quinze ans plus tard  à la distribution des terres, au développement des cultures de rente et à l’intégration entre la production vivrière et l’élevage, puis le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) introduisirent le concept de l’étable fumière.

Les paysans améliorèrent d’abord eux-mêmes l’étable fumière en adoptant la technique de la vache au piquet, qui consiste à déplacer la vache sur la parcelle plutôt que de se déplacer pour nourrir la vache et ramasser le fumier, puis la technique de l’embocagement, introduite et diffusée par le Fonds international de développement agricole (FIDA) vint boucler la boucle en intégrant les différentes approches.
Le principe de l’embocagement est relativement simple: la parcelle est délimitée par une haie vive d’arbres fourragers, composée principalement de sandragon et de gliricidia ainsi que de haies intermédiaires de penissetum, qui servent à nourrir la vache, attachée à un piquet. La vache produit du fumier qui est utilisé pour fertiliser la terre et le paysan déplace la vache de manière à couvrir la ou les parcelles en sa possession. Le paysan consacre l'une des parcelle à la production de fourrages, des graminées et des légumineuses, pour nourrir la vache ou pour les vendre. De plus, ceux qui possèdent plusieurs vaches peuvent ensuite les louer à ceux qui n’en ont pas, pour qu'ils puissent, eux aussi, fertiliser leurs champs.

Des vaches laitières plus productives
En complément des activités agricoles, la FAO et le FIDA ont introduit dans les années 70 des taureaux de race frisonne dans le but d'améliorer le patrimoine génétique des vaches laitières. Grâce à ces interventions, la production moyenne atteint aujourd'hui 8 à 10 litres de lait par jour contre 1 à 2 litres pour les vaches locales. Les championnes, elles, peuvent produire jusqu'à 18 litres de lait par jour.

L'amélioration génétique des vaches a eu des répercussions économiques importantes, permettant de tripler, voire quadrupler le revenu des ménages. Le lait est, en effet, un produit dont la demande est très forte, surtout en période de Ramadan et durant l'été, la saison du retour des migrants.

En outre, l’accroissement de la consommation de lait par les enfants a permis d’améliorer la nutrition de cette catégorie de la population qui souffrait d’un grand déséquilibre nutritionnel. Le succès de ces activités d'amélioration génétique puis les résultats obtenus au cours du projet pilote d'insémination artificielle mené en collaboration avec Vétérinaires Sans Frontières (VSF) de Belgique ont incité le FIDA à amplifier ces interventions dans son nouveau Programme national de développement humain durable, initié en 2007.

Le marché, un problème qui persiste
Si l’embocagement a eu un effet bénéfique certain sur la production agricole de la région et qu’il a sans aucun doute contribué à réduire la pauvreté des familles, il est loin d’avoir tout résolu. Yssouf Mdigo, agriculteur et éleveur de la région, parvient à joindre les deux bouts en pratiquant une double activité et travaillant à temps plein à Mutsamudu, la capitale de l’île, où il transporte des marchandises en brouette. À eux deux, ils possèdent trois parcelles, mais le marché est tellement restreint qu’il leur faudrait diversifier davantages la production agricole pour écouler la marchandise.

« La situation économique est telle que je suis obligé de travailler loin de chez moi », affirme Yssouf Mdigo. Leur production agricole ne comble donc pas encore à leurs besoins monétaires, mais elle subvient aux besoins alimentaires et nutritionnels de la famille, ce qui constitue déjà une réelle amélioration.

Le Nioumakélé : un exemple d’agriculture durable dans un milieu surpeuplé
Malgré les difficultés qui subsistent pour les familles les plus pauvres, la technique de l'embocagement a permis de restaurer une région entière, alors que la dégradation des terres semblait irréversible avec l’augmentation de la population rurale. Avec l'engagement des agriculteurs, et la mise en place de techniques agricoles adaptées, et l’intensification de la production animale l'expérience du Nioumakélé démontre avec force qu'une région aride peut, contre toute attente, vaincre les « padzas » et redevenir fertile.

Source: FIDA

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Des effets inattendus

Comme la majorité des agriculteurs de la région, Yssouf Mdigo et son épouse Kurashia Budube possèdent plusieurs parcelles éloignées les unes de autres et dont la dimension ne dépasse pas 0,4 ha chacune. Toutes sont embocagées, comme celles de leurs voisins, et ils possèdent une vache, qui couvre leurs besoins en fertilisants. « Avant de mettre en pratique la technique de l’embocagement et de la vache au piquet, nous ne cultivions que du riz de montagne.  Aujourd’hui, nous avons du manioc, de la patate douce, du taro, de la banane, de l’embrevade… Les années de bonnes récoltes, nous avons même pu en vendre », raconte Yssouf Mdigo. La famille Mdigo vend également le fourrage et du lait.

Mais en dehors de la nette amélioration du rendement des sols et des revenus, qui ont fait le succès de l’embocagement, cette technique a également eu un effet inattendu sur la division du travail sur les parcelles entre les hommes et les femmes.

« Lorsque nous cultivions le riz, seule la femme pouvait travailler la terre », précise Yssouf Mdigo. La culture du riz est en effet réservée exclusivement aux femmes. « Depuis que nous avons changé de cultures, avec l’introduction de l’embocagement, l’homme peut travailler sans complexe. » Il s’occupe donc du débroussaillage, de la mise en place des courbes de niveau et aide son épouse dans les travaux les plus pénibles.