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Les terres dégradées du Nioumakélé retrouvent
leur fertilité grâce à l'embocagement
Le
projet d’appui aux petits producteurs du Nioumakélé (APPN),
lancé en 1992 par le FIDA, a permis aux paysans de s’organiser
autour sites de développement intensif, puis introduit
les aménagements en courbes de niveau pour lutter contre
l’érosion, encouragé l’association
de cultures et promu l’utilisation de variétés
de plantes améliorées. En plus d'introduire l'embocagement, le
projet a également structuré les producteurs laitiers,
facilitant ainsi à la coopération française
le lancement d'une laiterie locale en 2002.
Les parcelles soigneusement délimitées et verdoyantes
du Nioumakélé, sur l’île d’Anjouan,
aux Comores, contrastent avec les versants dénudés
et stériles, appelés padza ,
visibles un peu partout dans l’archipel. Dans cette région
essentiellement peuplée de paysans pauvres, les résultats
de la technique de l’embocagement sont spectaculaires. En l’espace
de vingt ans, le paysage de la région la plus pauvre de l’archipel
a changé du tout au tout. « Les terres étaient
très fortement dégradées », raconte
Mariame Anthony, technicienne agronome et responsable du Centre d’encadrement
agricole de la région. « L’érosion était
très importante et la productivité extrêmement
faible. »
Dans le Nioumakélé, les meilleures terres appartenaient auparavant à une
société coloniale française d’exportation d’ylang
ylang, de girofle et de vanille. Les Comoriens n’avaient, quant à eux,
que les terrains en pentes et difficiles d’accès, de moindre rendement.
De plus, les techniques traditionnelles basées sur la culture de riz sur
brûlis et les effets de la pression démographique sur les terres
avaient accéléré la dégradation des sols au fil
des années, les transformant en padzas.
Trente ans d'innovations successives
Plusieurs interventions ont été menées dans la région
au cours des années pour tenter de remédier à la situation,
notamment à travers le Bureau pour le développement de la production
agricole (BDPA), qui lança en 1970 des activités de conservation
des sols. La Société de développement économique
des Comores s’intéressa quinze ans plus tard à la distribution
des terres, au développement des cultures de rente et à l’intégration
entre la production vivrière et l’élevage, puis le Programme
des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’Organisation
des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) introduisirent
le concept de l’étable fumière.
Les paysans améliorèrent d’abord eux-mêmes l’étable
fumière en adoptant la technique de la vache au piquet, qui consiste à déplacer
la vache sur la parcelle plutôt que de se déplacer pour nourrir
la vache et ramasser le fumier, puis la technique de l’embocagement, introduite
et diffusée par le Fonds international de développement agricole
(FIDA) vint boucler la boucle en intégrant les différentes approches.
Le principe de l’embocagement est relativement simple: la parcelle est
délimitée par une haie vive d’arbres fourragers, composée
principalement de sandragon et de gliricidia ainsi que de haies intermédiaires
de penissetum, qui servent à nourrir la vache, attachée à un
piquet. La vache produit du fumier qui est utilisé pour fertiliser la
terre et le paysan déplace la vache de manière à couvrir
la ou les parcelles en sa possession. Le paysan consacre l'une des parcelle à la
production de fourrages, des graminées et des légumineuses, pour
nourrir la vache ou pour les vendre. De plus, ceux qui possèdent plusieurs
vaches peuvent ensuite les louer à ceux qui n’en ont pas, pour qu'ils
puissent, eux aussi, fertiliser leurs champs.
Des vaches laitières plus productives
En complément des activités agricoles, la FAO et le FIDA
ont introduit dans les années 70 des taureaux de race frisonne dans le
but d'améliorer le patrimoine génétique des vaches laitières.
Grâce à ces interventions, la production moyenne atteint aujourd'hui
8 à 10 litres de lait par jour contre 1 à 2 litres pour les vaches
locales. Les championnes, elles, peuvent produire jusqu'à 18 litres de
lait par jour.
L'amélioration génétique des vaches a eu des répercussions économiques
importantes, permettant de tripler, voire quadrupler le revenu des ménages.
Le lait est, en effet, un produit dont la demande est très forte, surtout
en période de Ramadan et durant l'été, la saison du retour
des migrants.
En outre, l’accroissement de la consommation de lait par les enfants a
permis d’améliorer la nutrition de cette catégorie de la
population qui souffrait d’un grand déséquilibre nutritionnel.
Le succès de ces activités d'amélioration génétique
puis les résultats obtenus au cours du projet pilote d'insémination
artificielle mené en collaboration avec Vétérinaires Sans
Frontières (VSF) de Belgique ont incité le FIDA à amplifier
ces interventions dans son nouveau Programme national de développement
humain durable, initié en 2007.
Le marché, un problème qui persiste
Si l’embocagement a eu un effet bénéfique certain sur la
production agricole de la région et qu’il a sans aucun doute contribué à réduire
la pauvreté des familles, il est loin d’avoir tout résolu.
Yssouf Mdigo, agriculteur et éleveur de la région, parvient à joindre
les deux bouts en pratiquant une double activité et travaillant à temps
plein à Mutsamudu, la capitale de l’île, où il transporte
des marchandises en brouette. À eux deux, ils possèdent trois parcelles,
mais le marché est tellement restreint qu’il leur faudrait diversifier
davantages la production agricole pour écouler la marchandise.
« La situation économique est telle que je suis obligé de
travailler loin de chez moi », affirme Yssouf Mdigo. Leur production
agricole ne comble donc pas encore à leurs besoins monétaires,
mais elle subvient aux besoins alimentaires et nutritionnels de la famille, ce
qui constitue déjà une réelle amélioration.
Le Nioumakélé : un exemple d’agriculture
durable dans un milieu surpeuplé
Malgré les difficultés qui subsistent pour les familles
les plus pauvres, la technique de l'embocagement a permis de restaurer
une région entière, alors que la dégradation
des terres semblait irréversible avec l’augmentation
de la population rurale. Avec l'engagement des agriculteurs, et la
mise en place de techniques agricoles adaptées, et l’intensification
de la production animale l'expérience du Nioumakélé démontre
avec force qu'une région aride peut, contre toute attente,
vaincre les « padzas » et redevenir fertile.
Source: FIDA
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| Des effets inattendus |
Comme la majorité des agriculteurs de la région,
Yssouf Mdigo et son épouse Kurashia Budube possèdent
plusieurs parcelles éloignées les unes
de autres et dont la dimension ne dépasse pas
0,4 ha chacune. Toutes sont embocagées, comme
celles de leurs voisins, et ils possèdent une
vache, qui couvre leurs besoins en fertilisants. « Avant
de mettre en pratique la technique de l’embocagement
et de la vache au piquet, nous ne cultivions que du riz
de montagne. Aujourd’hui, nous avons du manioc,
de la patate douce, du taro, de la banane, de l’embrevade… Les
années de bonnes récoltes, nous avons même
pu en vendre », raconte Yssouf Mdigo. La famille
Mdigo vend également le fourrage et du lait.
Mais en dehors de la nette amélioration du rendement
des sols et des revenus, qui ont fait le succès
de l’embocagement, cette technique a également
eu un effet inattendu sur la division du travail sur les
parcelles entre les hommes et les femmes.
« Lorsque nous cultivions le riz, seule la femme
pouvait travailler la terre », précise
Yssouf Mdigo. La culture du riz est en effet réservée
exclusivement aux femmes. « Depuis que nous
avons changé de cultures, avec l’introduction
de l’embocagement, l’homme peut travailler
sans complexe. » Il s’occupe donc du débroussaillage,
de la mise en place des courbes de niveau et aide son épouse
dans les travaux les plus pénibles. |
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