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La micro entreprise aux Comores, génératrice d'emploi
rural
Dans l’archipel des Comores, les emplois sont rares et les
opportunités de revenus limitées. Les fortes densités
de population, supérieures à 400 habitants par
km², limitent l’accès à l’espace agricole
et ces difficultés ont poussé près de 15% de
la population a émigré à l’étranger.
Aussi, dans ces conditions, l’esprit d’entreprise et
l’innovation constituent des atouts non négligeables
et la micro entreprise représente l'une des rares sources
d'emploi rural possible.
La solidarité et l’entraide, caractéristiques de la société comorienne,
restent essentielles. Ainsi, c’est avant tout pour s’entraider
que dix femmes du village d’Ongoujou sur l’île d’Anjouan
ont décidé de s’associer au sein du groupe de développement
de l’aviculture et du maraîchage. « L’objectif premier était
de créer une caisse commune pour l’entraide et la solidarité »,
explique Roukia Soilih, la présidente. « À l'origine,
il s’agissait d’une association de maraîchage et cultures vivrières.
Puis nous avons entendu parler du projet d’aide aux initiatives économiques
de base (AIEB) et nous avons décidé de transformer l'association
en entreprise. »
Les
membres du groupe d’Ongoujou comptent parmi les 880 micro entrepreneurs
soutenus à travers le projet AIEB, financé par le Fonds international
de développement agricole (FIDA) de 1997 à 2004, dont l'objectif était
de promouvoir la micro entreprises en milieu rural, en assurant formation et
accès au crédit aux personnes les plus démunies. Le projet
est également à l’origine des Mutuelles d’épargne
et de crédit (MECK). Les MECKs sont aujourd'hui des institutions incontournables
dans le secteur de la microfinance aux Comores. Elles capitalisent une épargne
de 7,6 milliards de francs comoriens, soit l'équivalent 20,4 millions
de dollars, et ont octroyé, en 2006, 4,8 milliards de francs comoriens
(10,9 millions de dollars) sous forme de crédit.
« Le projet nous a donné la possibilité de nous inscrire à une
formation sur les activités avicoles et nous avons décidé d’intégrer
l’élevage aux activités de maraîchage pour générer
des revenus pour nos familles », continue Roukia Soilih. Malgré de
récentes difficultés liées à la santé de leur
poules, elle s’estime satisfaite des résultats: « Avant,
on ne trouvait pas d’œufs au village. Aujourd’hui nous en vendons
au marché, à quelques kilomètres d’ici et il y a des
gens qui viennent les acheter directement auprès du groupe. La nutrition
de nos enfants s’est améliorée et, surtout, nous ne sommes
plus obligées de demander d’argent à nos maris. »
Des services "à la carte"
Le groupe d'Ongoujou a bénéficié de toute la gamme des services
d’appui aux entreprises de l’AIEB: de la formation (alphabétisation,
comptabilité-gestion, technologie) à l'accès au crédit,
mais les services étaient offerts à la carte selon les
besoins identifiés avec les entrepreneurs. Les mécaniciens du garage
de Fomboni, en Grande Comore, par exemple, avaient surtout exprimé le
besoin d'une solide formation, ce qui leur a permis d'améliorer la qualité du
travail fourni et augmenter leur clientèle. Aujourd'hui, ils sont prêts à passer à la
vitesse supérieure et prendre un crédit pour acquérir les équipements
qui leur manquent.
Mohamed Djafar, l’un des mécaniciens cofondateurs du garage, témoigne
des difficultés auxquelles ils font face: « Les revenus ne
sont pas suffisants pour que l’activité soit réellement rentable.
Il faudrait environ doubler notre chiffre d’affaire, ce qui est impossible
tant que nous n'aurons pas les équipements nécessaires. Malheureusement,
le temps de livraison est plus long que le délai de remboursement, ce
qui fait que prendre crédit est pratiquement impossible. » Le
projet étant clôturé, ils devront trouver eux-mêmes
une solution pour développer leur activité et négocier en
direct avec les MECKs un produit financier adapté.
En attendant, pour joindre les deux bouts, les mécaniciens du garage font
appel à la traditionnelle solidarité familiale. « Lorsque
nous manquons de moyen, explique Mohamed Djafar avec un sourire, il y a toujours
une sœur ou une tante chez qui l'on peut aller dîner… »
| La grande leçon du projet: mieux vaut appuyer
les initiatives locales plutôt que les activités
ex-nihilo |
Le projet AIEB avait été conçu selon
un modèle qui priorisait la création de micro-entreprises.
Très vite ce schéma est apparu obsolète
car il favorisait le clientélisme et n’assurait
aucune durabilité aux actions. Sur la vingtaine d’entreprises
soutenues entre 1997 et 1999, très peu ont survécu.
En 2000, un groupe d'expert du Gouvernement des Comores, du FIDA
et de l’UNOPS a pris la décision de redresser la
situation en décidant d'orienter l'appui du projet vers
les micro-entreprises rurales existantes, au lieu de favoriser
leur création.
Cette approche présentait l’avantage d’appuyer
des personnes ayant déjà initié une activité économique
et qui avaient donc déjà expérimenté le
fonctionnement de l’entreprise dans tous ses aspects, comme
l'approvisionnement en matières premières, la transformation
ou la commercialisation. Ils connaissent les aléas du
métier, avaient démontré un fort esprit
d’entreprenariat et méritaient donc un appui pour
leur permettre de vaincre leurs difficultés et développer
leur activité.
« Cette réorientation a consenti un redémarrage
et un développement exponentiel des activités de
l’AIEB, tout en permettant au projet de remplir, et même
dépasser, ses objectifs », explique Mme Sabit
Ali Ferouse chef de projet de l'AIEB de la période 2001-2004,
date de clôture du projet.
Au cours de l'année 2003, par un phénomène
intéressant de pollinisation croisée entre projets,
l'AIEB a pu bénéficié de l'expérience
du projet PPPMER du Rwanda, qui développait des activités
similaires.
Benoît Thierry, alors superviseur des deux projets pour
le compte du Bureau des Nations Unies pour les services
d'appui aux projets (UNOPS), raconte: « J'ai pensé que
les Comoriens pouvait apprendre des Rwandais, qui étaient
en train de mettre en place leur propre projet de micro-entreprise.
Les deux équipes de projets se sont rencontrés
et c'est ainsi que l'AIEB a développé, à l'instar
du Projet
de promotion des petites et des microentreprises rurales (PPPMER),
un programme d'appui aux jeunes à travers l'apprentissage
et un réseau de fédérations d’entreprises,
créées dans le but de faire perdure les activités
de services. »
Ces deux expériences réussies continuent d'inspirer
les opérations de développement de la micro-entreprises
dans la sous-région de l'Océan Indien. Elles servent
en effet aujourd’hui de base au développement
du Programme de soutien aux pôles de micro-entreprises
rurales et aux économies régionales (PROSPÉRER)
sur les hauts plateaux de Madagascar. |
Source: FIDA
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