Powered by IFAD
mise à jour: 01.08.07
pattern

La micro entreprise aux Comores, génératrice d'emploi rural

Dans l’archipel des Comores, les emplois sont rares et les opportunités de revenus limitées. Les fortes densités de population, supérieures à 400 habitants par km², limitent l’accès à l’espace agricole et ces difficultés ont poussé près de 15% de la population a émigré à l’étranger. Aussi, dans ces conditions, l’esprit d’entreprise et l’innovation constituent des atouts non négligeables et la micro entreprise représente l'une des rares sources d'emploi rural possible.

La solidarité et l’entraide, caractéristiques de la société comorienne, restent essentielles.  Ainsi, c’est avant tout pour s’entraider que dix femmes du village d’Ongoujou sur l’île d’Anjouan ont décidé de s’associer au sein du groupe de développement de l’aviculture et du maraîchage. « L’objectif premier était de créer une caisse commune pour l’entraide et la solidarité », explique Roukia Soilih, la présidente. « À l'origine, il s’agissait d’une association de maraîchage et cultures vivrières. Puis nous avons entendu parler du projet d’aide aux initiatives économiques de base (AIEB) et nous avons décidé de transformer l'association en entreprise. »

Credit: IFAD, A. Manikowska. Quelques membres du groupe d'OngoujouLes membres du groupe d’Ongoujou comptent parmi les 880 micro entrepreneurs soutenus à travers le projet AIEB, financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) de 1997 à 2004, dont l'objectif était de promouvoir la micro entreprises en milieu rural, en assurant formation et accès au crédit aux personnes les plus démunies. Le projet est également à l’origine des Mutuelles d’épargne et de crédit (MECK). Les MECKs sont aujourd'hui des institutions incontournables dans le secteur de la microfinance aux Comores. Elles capitalisent une épargne de 7,6 milliards de francs comoriens, soit l'équivalent 20,4 millions de dollars, et ont octroyé, en 2006, 4,8 milliards de francs comoriens (10,9 millions de dollars) sous forme de crédit.

« Le projet nous a donné la possibilité de nous inscrire à une formation sur les activités avicoles et nous avons décidé d’intégrer l’élevage aux activités de maraîchage pour générer des revenus pour nos familles », continue Roukia Soilih. Malgré de récentes difficultés liées à la santé de leur poules, elle s’estime satisfaite des résultats: « Avant, on ne trouvait pas d’œufs au village. Aujourd’hui nous en vendons au marché, à quelques kilomètres d’ici et il y a des gens qui viennent les acheter directement auprès du groupe. La nutrition de nos enfants s’est améliorée et, surtout, nous ne sommes plus obligées de demander d’argent à nos maris. »

Des services "à la carte"
Le groupe d'Ongoujou a bénéficié de toute la gamme des services d’appui aux entreprises de l’AIEB: de la formation (alphabétisation, comptabilité-gestion, technologie) à l'accès au crédit, mais les services étaient offerts à la carte selon les besoins identifiés avec les entrepreneurs. Les mécaniciens du garage de Fomboni, en Grande Comore, par exemple, avaient surtout exprimé le besoin d'une solide formation, ce qui leur a permis d'améliorer la qualité du travail fourni et augmenter leur clientèle. Aujourd'hui, ils sont prêts à passer à la vitesse supérieure et prendre un crédit pour acquérir les équipements qui leur manquent.

Mohamed Djafar, l’un des mécaniciens cofondateurs du garage, témoigne des difficultés auxquelles ils font face: « Les revenus ne sont pas suffisants pour que l’activité soit réellement rentable. Il faudrait environ doubler notre chiffre d’affaire, ce qui est impossible tant que nous n'aurons pas les équipements nécessaires. Malheureusement, le temps de livraison est plus long que le délai de remboursement, ce qui fait que prendre crédit est pratiquement impossible. » Le projet étant clôturé, ils devront trouver eux-mêmes une solution pour développer leur activité et négocier en direct avec les MECKs un produit financier adapté.

En attendant, pour joindre les deux bouts, les mécaniciens du garage font appel à la traditionnelle solidarité familiale. « Lorsque nous manquons de moyen, explique Mohamed Djafar avec un sourire, il y a toujours une sœur ou une tante chez qui l'on peut aller dîner… »

La grande leçon du projet: mieux vaut appuyer les initiatives locales plutôt que les activités ex-nihilo

Le projet AIEB avait été conçu selon un modèle qui priorisait la création de micro-entreprises. Très vite ce schéma est apparu obsolète car il favorisait le clientélisme et n’assurait aucune durabilité aux actions. Sur la vingtaine d’entreprises soutenues entre 1997 et 1999, très peu ont survécu.

En 2000, un groupe d'expert du Gouvernement des Comores, du FIDA et de l’UNOPS a pris la décision de redresser la situation en décidant d'orienter l'appui du projet vers les micro-entreprises rurales existantes, au lieu de favoriser leur création.

Cette approche présentait l’avantage d’appuyer des personnes ayant déjà initié une activité économique et qui avaient donc déjà expérimenté le fonctionnement de l’entreprise dans tous ses aspects, comme l'approvisionnement en matières premières, la transformation ou la commercialisation. Ils connaissent les aléas du métier, avaient démontré un fort esprit d’entreprenariat et méritaient donc un appui pour leur permettre de vaincre leurs difficultés et développer leur activité.

« Cette réorientation a consenti un redémarrage et un développement exponentiel des activités de l’AIEB, tout en permettant au projet de remplir, et même dépasser, ses objectifs », explique Mme Sabit Ali Ferouse chef de projet de l'AIEB de la période 2001-2004, date de clôture du projet.

Au cours de l'année 2003, par un phénomène intéressant de pollinisation croisée entre projets, l'AIEB a pu bénéficié de l'expérience du projet PPPMER du Rwanda, qui développait des activités similaires.

Benoît Thierry, alors superviseur des deux projets pour le compte du Bureau des  Nations Unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS), raconte: « J'ai pensé que les Comoriens pouvait apprendre des Rwandais, qui étaient en train de mettre en place leur propre projet de micro-entreprise. Les deux équipes de projets se sont rencontrés et c'est ainsi que l'AIEB a développé, à l'instar du Projet de promotion des petites et des microentreprises rurales (PPPMER), un programme d'appui aux jeunes à travers l'apprentissage et un réseau de fédérations d’entreprises, créées dans le but de faire perdure les activités de services. »

Ces deux expériences réussies continuent d'inspirer les opérations de développement de la micro-entreprises dans la sous-région de l'Océan Indien. Elles servent en effet  aujourd’hui de base au développement du Programme de soutien aux pôles de micro-entreprises rurales et aux économies régionales (PROSPÉRER) sur les hauts plateaux de Madagascar.

Source: FIDA