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mise à jour: 01.08.07
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Le café rwandais, un café au goût de rêve

Kigali, juillet 2005 - Du mois d’avril à la fin juin, la station de lavage de café de Sakara, dans la province de Kibungo au Rwanda, bourdonne d’activités. Les producteurs de café des neuf secteurs alentour viennent faire peser leur récolte et, pour les 845 membres de l’association qui gère la station de lavage, c’est une fructueuse saison qui commence.

«Nous nous sommes mis ensemble dès 1999, pour reprendre la production du café, culture de rente pratiquée depuis longtemps dans la région, explique Efrem Ndengabaganizi, le président de l’association Iakab. Beaucoup de caféiers dont les propriétaires étaient morts ou déplacés à la suite du génocide de 1994 avaient été abandonnés et nous avions perdu de nombreux membres. Nous cherchions à unir nos forces pour obtenir un meilleur prix pour notre production mais aussi pour ressouder l’unité de la communauté, durement touchée par la guerre.»

L’histoire de l’association Iakab n’est pas unique. De nombreuses communautés ont repris leurs cultures d’avant le génocide et toutes essaient de panser les blessures du passé, encore douloureuses. Mais en pratiquant la culture du café, l’association Iakab a eu droit à un petit coup de pouce cette année...

Créer une culture de rente... rentable
Le projet de développement des cultures de rente et d’exportation (PDCRE) a été mis sur pied en 2003 par le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Ministère de l’agriculture du Rwanda et la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pour appuyer les producteurs de café et de thé les plus pauvres. Le projet les aide à s’organiser en coopératives, en construisant ou réhabilitant des stations de lavage et en leur donnant accès aux canaux de distribution du commerce équitable, nettement plus avantageux que les canaux de vente traditionnels. Le travail sur la filière café a démarré cette année, et celui sur la filière thé est prévu pour 2006.

Comme partenaires principaux, le projet fait appel à Twin Trading Ltd. (TWIN), une organisation non gouvernementale spécialisée dans le commerce équitable et à OCIR café, l’office national du café, dont le rôle est d’encadrer les producteurs, d’effectuer le contrôle de qualité au sein de son laboratoire de dégustation et de gérer les pépinières du projet.

TWIN, pour sa part, s’occupe d’organiser les producteurs en coopératives et de faire respecter les normes leur permettant d’accéder au marché du commerce équitable. «Les travailleurs saisonniers de la station de lavage reçoivent à un salaire minimum et il y a des conditions d’hygiène à respecter», explique John Wasambla, responsable du café chez TWIN Rwanda. «La station doit aussi recycler les déchets produits par le lavage afin de préserver l’environnement.» Rien n’est laissé au hasard: ne fait pas du commerce équitable qui veut!

Certes TWIN supervise aujourd’hui la gestion de la station de lavage, mais ce sont les membres de l’association qui en sont formellement responsables – et qui prendront la relève une fois qu’ils seront devenus autonomes, dans cinq ans. Pour être membres, les producteurs de café versent une cotisation initiale de 1 000 francs rwandais (environ 2 dollars) et sont tenus de vendre toute leur production à la station de lavage, pour maximiser l’utilisation de l’installation et amortir ses coûts de fonctionnement.


Après le lavage, le café est mis à sécher sur des grandes tables, comme ici, à la station de lavage de Sakara.
Credits: FIDA/M. Millinga, 2005

L’organisation fait la force
Les membres de l’association sont dispersés dans neuf secteurs adjacents à la station et les distances à parcourir peuvent parfois être grandes. Les producteurs qui habitent près de la station de lavage amènent eux-mêmes leurs cerises à la station, à pied ou en bicyclette. Ceux dont les champs sont trop éloignés se rendent dans des points de collecte, où les cerises sont pesées et emmenées vers la station. L’organisation est impeccable: les producteurs attendent tout au plus une semaine pour recevoir leur paiement.

À la station de lavage, le travail est orchestré de façon la plus efficace possible: les cerises sont pesées à l’arrivée, dépulpées à la machine, lavées dans de grands bacs puis les graines sont triées et séchées sur les tables de séchage. Pour préserver l’environnement, l’eau sale est dirigée vers des trous creusés dans la terre qui agit comme filtre et la pulpe est récoltée pour en faire de l’engrais.

«Avant, nous faisions tout à la main, à la maison. C’est un travail pénible et nous n’avions pas la formation adéquate pour produire un café de qualité», raconte Efrem Ndengabaganizi.

Début juillet, le calme est revenu et seuls quelques travailleurs saisonniers s’affairent encore dans la remise, préparant les sacs de café pour la vente. «Il s’agit essentiellement de la variété Arabica, qui est revendue sur les marchés européens», explique John Wasambla. «Nous sommes également en train de sonder le marché sud-africain et comptons explorer les marchés asiatiques pour offrir aux producteurs rwandais le plus de débouchés possibles.»

La «ristourne», un avantage tangible pour les membres
Si le prix d’achat des cerises de café à la station est le même pour tous, les membres, eux, sont payés deux fois. Après la vente du café, une fois couverts les frais de gestion de la station et les éventuels prêts contractés, le surplus est redistribué aux membres de l’association lors d’une cérémonie regroupant tous les membres de l’association et les représentants des acheteurs.

Bien que la fête de remise de la «ristourne» soit prévue pour la fin de l’année, on ne parle que de ça depuis le début de la campagne et les projections sont optimistes. Cette année, première année de fonctionnement de la station, la coopérative a produit 30 tonnes de café. Pour l’an prochain, ils comptent quadrupler leur production, en commençant plus tôt et en attirant plus de producteurs de café.

«Avec le surplus que nous aurons gagné, nous allons construire des écoles et des centres de santé. Ensuite, nous achèterons un véhicule pour la collecte du café», prévoit le président d’Iakab. «Nous voulons aussi créer une petite banque dans notre secteur, une petite institution de microfinance. Actuellement, nous perdons beaucoup de temps et d’argent en empruntant auprès des banques de Kigali. Les taux sont favorables, mais le processus est trop lent.»


À la station de lavage de Bicumbi, le café est stocké dans des sacs de 50 kg puis vendu à travers les réseaux de commerce équitable. En 2005, la station a produit 24 tonnes de café Arabica de première qualité.
Credits: FIDA/M. Millinga, 2005

Des résultats encore inégaux
Mais toutes les associations n’ont pas eu ce succès. À Kibuye, les travaux de construction de la station de lavage n’ont débuté que très tard et beaucoup de producteurs, dont de nombreux membres de l’association Kopakama, gestionnaire de la station, n’ont pas eu assez confiance ni la patience d’attendre qu’ils soient terminés... Ils ont donc vendu leurs cerises aux ramasseurs locaux et leur propre installation n’a eu que les restes.

«Il n’y aura sans doute pas de ristourne pour eux cette année», raconte Janvier Gasasira, coordonnateur provincial du projet dans le Kibuye et responsable national de la composante café du projet. «Ils n’ont pas eu la patience d’attendre alors qu’ils savaient qu’ils y perdaient à vendre aux ramasseurs et ils ne s’investissent pas suffisamment dans la mobilisation des producteurs non membres. En résultat, ils avaient prévu de produire plus de 50 tonnes de café cette année et là, ils n’en ont que sept!»

Pour assurer un emploi au personnel permanent de la station et pour diversifier les revenus de l’association, Janvier Gasasira tente de leur donner des idées pour utiliser la station hors de la saison du café. Une salle de dégustation du café, un petit magasin ou un petit bar...

«On pourrait y faire un élevage de lapins», propose Jean Damassène Truagireasu, un membre de Kopakama. «Ou un potager avec des oignons et des tomates...», propose Samuel Ndekezi, un autre membre.

Bref, les idées commencent peu à peu à prendre forme et tous promettent d’augmenter leur production l’an prochain et de l’amener à la station. En ce qui concerne 2005, l’année sera maigre à Kibuye, mais les producteurs ont bon espoir que l’an prochain sera meilleur.

Le café de l’espoir
Dans les zones où agit le projet, le café n’est pas la seule source de subsistance des producteurs car tous cultivent également de quoi se nourrir. Elle représente cependant une source importante de revenus, compte tenu du fait que la majorité d’entre eux gagne moins d’un dollar par jour. Ceux qui réussiront à cueillir cette opportunité et faire fructifier les surplus obtenus pourront peut-être enfin se permettre de rêver un peu...

Source: FIDA